Date : jeudi 25 octobre 2018 : 18h00 - 19h00

Lieu : Clinique d'Orange

Gratuit !

Adresse : Clinique d'Orange, Route du Parc, Orange, France

Le docteur NGUYEN nous a reçu dans son bureau pour une interview sur l’Ecole des patients qui se déroulait en parallèle, au sein de la clinique d’Orange. Nous allons en apprendre plus sur son rôle, sur la réunion et sur la chirurgie de l’obésité.
Rencontre avec un chirurgien bienveillant.

Bonjour Docteur, combien opérez-vous de patients chaque année

On opère ici environ 120 personnes par an. Cette activité  augmente chaque année, car les patients sont mieux informés, et ils viennent nous consulter plus facilement. Nous pratiquons cette chirurgie bariatrique depuis près de 15 ans.

Comment sont choisies les opérations? Laquelle est généralement préférée?

Je tiens à préciser que ce ne sont pas les patients qui choisissent. Le choix s’effectue au cours des discussions entre eux et nous, durant lesquelles ils sont informés des avantages et des inconvénients de chaque technique. Le choix est adapté aussi selon leur profil : mode de vie, âge… Plusieurs paramètres entrent en jeu. On les voit 3 à 4 fois en consultation avant l’intervention sur une durée de 6 à 8 mois, ce qui indique que le type d’opération n’est jamais décidé au bout de la première visite.

Certains patients ont déjà des complications liées à leur obésité morbide, mais chez d’autres, on peut en déceler  (HTA, apnées du sommeil, diabète…) durant le bilan préopératoire.

Les mentalités ont changé. Ils ne sont plus demandeurs d’emblée d’un anneau gastrique. L’orientation se fait plus généralement sur la Sleeve ou le Bypass.

Concernant l’école des patients, qu’est-ce qui vous a poussé à la créer ?

On s’est rendu compte que certains patients arrivaient, la veille de l’intervention, dans un état d’anxiété. Ils ne savaient pas s’ils allaient souffrir, s’ils pourraient se lever le lendemain de l’intervention, s’ils auraient des sondes et perfusions, s’ils allaient vomir, s’ils pourraient remanger…

L’idée est venue de Fanny, infirmière bariatrique à la Clinique d’Orange, qui travaillait le week-end de temps en temps et accueillait les patients le dimanche pour l’opération du lundi.

L’objectif est  de bien les informer en amont du geste bariatrique. La réunion de l’école des patients permet de rassurer les patients sur le déroulement de l’hospitalisation, sur l’équipement hospitalier comme : les sondes, les cathéters etc…

Avez vous vu son efficacité sur différents patients de l’école ?

Ah oui, parce que Fanny a été arrêtée pendant 1 an pour congé maternité. Le manque de réunions s’est ressenti. Les patients arrivaient moins bien préparés, plus stressés. Le degré de réussite découle forcément d’un accompagnement complet préopératoire avec une bonne préparation, ainsi qu’ un suivi  post-opératoire.

L’efficacité est liée bien évidemment à l’intervention bariatrique mais aussi à la qualité du parcours du patients. L’encadrement supplémentaire de l’école des patients est un vrai plus  pour tout le monde : patients, chirurgiens, infirmiers, famille…

C’est également un temps relationnel entre les patients, la référente et des anciens patients, pour profiter de leurs expériences, poser des questions, échanger.

Est-ce qu’il y a eu des échecs post-opératoire, comme la reprise de poids ?

Oui, il y a toujours des échecs possibles. Je dis bien aux patients qu’on ne fait que les aider. Je leur annonce d’emblée qu’ils doivent modifier leurs habitudes alimentaires et leur mode de vie. Leur profil se rapproche souvent  de la sédentarité. Ils doivent avoir une activité physique régulière, équilibrer leur alimentation pour que la perte de poids se maintienne sur le long terme.

Le suivi régulier est donc très important. On les aide ici aussi : le médecin traitant, le chirurgien, la diététicienne, l’endocrinologue sont  les piliers du suivi.

De plus, la motivation y joue pour beaucoup. Les patients qui ne sont pas motivés, ou qui ne le veulent pas réellement, sont plus à même de reprendre du poids (cela a été montré dans des études de suivis de patients ) : on essaie de les détecter pour un meilleur encadrement.

De façon sournoise on peut vite reprendre des mauvaises habitudes. L’intervention chirurgicale bariatrique n’est pas une solution miracle !

Existe-t-il un profil de patient plus exposé à l’échec?

Oui. Ce qui peut favoriser l’échec, c’est ce que j’appelle “l’immaturité psychologique”. Elle est présente chez les plus jeunes patients.

Mais cela peut également survenir aussi  chez les personnes moins bien intégrées socialement ou familialement, ou celles qui n’ont pas de travail par exemple : elles vont avoir plus difficilement accès à une prise en charge psychologique et diététique. Ces risquent de tout lâcher…Il faut sans doute plus les aider

Certains patients n’ont pas la force psychologique pour reprendre une nouvelle vie, une ré-alimentation normale ainsi qu’une activité physique régulière.

Ils sont plus difficiles à identifier. C’est de leur côté que tout va se jouer.

Pour cela, les patients sont-ils pris en charge du point de vue psychologique? Sont-ils accompagnés pour s’adapter à leur nouveau mode de vie ?

Une consultation psychiatrique pré-opératoire est obligatoire dans notre clinique.

En revanche, après l’opération, on ne peut pas obliger les gens à une prise en charge psychologique. Et tous les patients n’en ont pas forcément besoin.

Un suivi post-opératoire psychologique est préconisé, si l’on sent que la personne a effectivement des difficultés à appréhender son nouveau schéma corporel.

A l’heure actuelle, cela reste facultatif. Une possibilité serait de rendre ce suivi psychologique  obligatoire dans le parcours de la chirurgie de l’obésité.

Avez-vous d’autres souhaits pour le futur ?

Assister à l’une de ces Réunion est obligatoire pour moi  à la clinique d’Orange. L’Ecole fonctionne très bien. Je n’opère pas un patient s’il n’a pas assisté à ces réunions. D’ailleurs, il y a un relevé avec des signatures pour cela.

Il est aussi possible d’envisager des  réunions post-opératoires spécifiques pour chaque opération (Sleeve, ByPass). Actuellement,  l’atout de ces réunions est de de faire revenir les anciens opérés afin qu’ils apportent leur expérience récente.

Le parcours, l’accompagnement ou l’école des patients sont en perpétuelle évolution.

Ainsi, pour les chirurgiens, les Congrès de Chirurgie de l’obésité sont l’occasion de se rencontrer ou de retrouver d’autres chirurgiens de la même formation. Cela permet d’avoir des avis sur des cas parfois difficiles, et de se tenir au courant de la prise en charge des éventuelles complications, des suites opératoires.

Cette année, le point le plus intéressant du Congrès de Nancy était un chapitre sur la vitaminothérapie substitutive. J’ai depuis modifié ma prescription pour mes patients !

 

Merci à vous. Au revoir